Les Commentarii de Jean Sleidan : un livre d'histoire pour l'Empire au XVIe siècle
Laurence Druez
Archives de l'État de Liège et Université de LiègeSi le titre de cette œuvre -surtout cité intégralement -ne résonne plus aujourd'hui avec une certaine familiarité qu'auprès des historiens de l'humanisme, de la Réforme et de l'historiographie moderne, la publication à Strasbourg, en mars 1555, des De statu religionis et reipublicae Carolo Quinto caesare commentarii de Jean Sleidan a constitué un événement éditorial et littéraire majeur si l'on en croit le succès de librairie immédiat et durable dont ils furent couronnés.Leur parution, attendue par la communauté lettrée qui en avait suivi la longue gestation, dans la cité alsacienne comme à l'extérieur, ne produisit aucun effet de surprise.Pourtant, elle marqua en profondeur une fraction des milieux intellectuels et politiques de l'Empire par son caractère à la fois pionnier et subtilement subversif, dont nous nous attacherons à marquer les contours.Le contexte et les conditions dans lesquels la rédaction de ce livre fut officiellement entreprise quelque dix années auparavant entraient dans la droite ligne de la politique luthérienne contemporaine.Les princes, États et villes d'Empire fédérés dans la Ligue de Smalkalde s'étaient en effet accordés pour engager Jean Sleidan, alors diplomate impliqué dans les relations franco-allemandes, afin de réaliser cette œuvre ainsi que des missions de représentations à l'étranger et, accessoirement, des tâches de traduction 1 .Il s'agissait donc principalement de fournir -selon le souhait d'« hommes pieux », parmi lesquels on devine sans peine des réformateursune relation exacte, détaillée et fiable « de la restitution du saint Évangile ainsi que des obstacles dressés par le diable pour l'entraver », phénomène suffisamment bouleversant pour être assimilé à « des prodiges remarquables